vendredi 8 décembre 2006

Combattre l'intolérance, accepter la diversité par R. KHAN

Texte issu de l'intervention  de Rachel KHAN au Congrès des Verts à Bordeaux les 2 et 3 décembre 2006 

La mondialisation a ceci de paradoxale qu'elle a pour effet de classer les individus, pourtant définis sous la notion d'humanité, selon leurs origines, leurs croyances, leur(s) préférence(s) sexuelle(s), leur handicap, leur patrimoine social ou culturel.

De ce fait, la recherche d'identité se réalise par rapport à des motifs potentiellement sujets de discrimination au sein d'un monde qui ne le permet pas, un monde rétréci, un monde sans frontières.

On se veut dès lors, tout noir, tout blanc, tout juif ou tout homosexuel, alors même que la circulation des biens, des services et des personnes à travers le monde n'a jamais été aussi intense. Alors même que nos préoccupations écologiques et environnementales sont un magnifique pied de nez à la notion de frontière.

Plus nous sommes semblables, plus nous avons peur de l'égalité.  Plus nos modes de consommations s'uniformisent plus nous nous identifions à une seule spécificité culturelle en rejetant celle des autres.

Cette situation provoque un nouveau paradoxe dans la lutte contre les discriminations. En effet, loin d'engendrer une répression globale contre les pratiques discriminatoires, on s'attache de plus en plus à combattre "la négrophobie", "la judéophobie", "l'homophobie", "l'antisémitisme" ... initié  par les militants de la négritude, du judaïsme ..... Ceci est contradictoire avec la lettre et l'esprit des droits fondamentaux. Dès lors, la Cour européenne des droits de l'homme souligne qu’il faut s'attacher à lutter contre les discriminations « quel qu’en soit le motif ». Ceci me semble être un point essentiel que les Verts doivent porter.

Car voici où nous en sommes. Les femmes et les hommes aussi mondialisés qu'ils sont ne peuvent plus vivre sans systématiser, classer, ranger, ordonner, répertorier l'autre, le différent, et ceci dès le premier coup d'oeil.

Si l'on décline le raisonnement  à ce que nous consommons (aujourd'hui l'éclairage économique est une clé de la compréhension), vous ne pouvez pas être simultanément Quick et MC Do, Pepsi et coca, Adidas et Nike.

Les lois du marché deviennent, en somme, révélatrices de ce système qui répugne la complexité, les particularités individuelles, les mélanges, les choix.  Pire encore les lois du marché ne facilitent pas toujours les échanges avec ceux qui qui se voudraient différents, ceci  au point de contraindre nos communications qu'entre noosiens, wanadiens ou esseférois!

Les Verts  se sont positionnés très tôt contre la violence de cette uniformisation mondiale, il nous reste maintenant à porter le droit à la différence universelle.

Je suis peut être trop abstraite alors voici mon histoire.

Maman est née en 1940, fut cachée pendant cette guerre et retrouva ces parents rescapés d'Auschwitz en 1945. Ils étaient les seuls survivants de ma famille.

J'ai suivi depuis l'âge de sept ans les cours de Talmud Tora. Toujours présente à la Schule pour Chabat jusqu'à l’âge de 14 ans.

Comment expliquer alors que le jour de mon premier Kippour à Paris, un vigile soit monté chez les femmes en expliquant à mon amie, que la synagogue en ce jour n'acceptait pas les visiteurs?

Mon père est Gambien, Sèrere et musulman. Ce sang d'Afrique ne pouvait finalement permettre à cet homme de voir en moi une juive telle que décrite dans Mein Kampf.

Non, je n'ai pas un grand nez, ni de grandes s'oreilles et surtout je ne suis pas blanche. (Mais je ne suis pas noire non plus)

Me fallait-il ce jour là prouver mon judaïsme ? Devais-je  montrer mon étoile ? Et si j'avais été un garçon, aurais-je dû baisser mon pantalon ?

On me répondra sans doute qu'il existe des ignorants partout. Cela n'excuse en rien l'intolérance qui dans ce cas précis est de l'antisémitisme. Consciemment ou non ce sombre vigile s'est référé, pour fonder mon statut de prétendu visiteur à une thèse d'inspiration nazie.

Quand bien même aurais-je eu la force ou la volonté de m’expliquer, peut être m'aurait il lui aussi répondu qu'il avait des ordres, compte tenu des événements au proche orient ?

Que faire encore lorsqu'au sortir d'une réunion un africain me demande si l'étoile que je porte est un bouclier ou une cible ? Et lorsque je lui raconte cette histoire d'afroyiddish qui fait ce que je suis, il me répond que l'Afrique a subit cinq siècles d'esclavage et non cinq ans, que je dois faire un choix!

Que faire lorsque les crimes les plus abjects de l'histoire ne semblent concerner que les descendants des victimes ? Pourquoi les qualifier de crime contre l'humanité alors que la Shoah ne fait pas trembler les noirs et que le commerce triangulaire, cette déportation là, ne fait pas froid dans le dos aux juifs?

Un peuple africain déchiré, un numéro sur le bras de mon grand père. J'ai en moi la déportation, la colonisation, l'immigration et à la vitesse à laquelle où vont les choses, je me demande ce que va faire de moi le prochain dictateur.

Ce n'est pas l'antisémitisme ni le racisme qu'il faut combattre mais l'intolérance. C’est ainsi que nous pourrons embrasser la diversité. Celle-ci ne se décrète pas, elle se construit et le choix que nous devons faire pour y parvenir est d’appréhender LA discrimination comme une et indivisible dans ce nouvel espace mondiale.

C’est ainsi aussi en rassemblant nos efforts que nous pourrons franchir le cap de l’égalité réelle, qui reste timidement compris.   

Face au climat d’intolérance c’est bien la diversité qui doit être portée par l’unicité plurielle de notre couleur politique.

Posté par audaces à 12:11 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

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